C’est sur le territoire anishnabe de la communauté de Kitigan Zibi que l’expédition Mamu Nikantetau a débuté, cette année. Une traversée qui se veut une rencontre entre des participants de différentes nations et des allochtones. Initiée par le Dr Stanley Vollant, l’expédition en est à sa 4e édition. Pour le Dr Vollant, « la réconciliation doit être plus qu’un simple mot ou un concept. » Mamu Nikantetau en innu veut dire « avançons ensemble ». Cette année, l’aventure s’est déroulée à pied mais surtout en rabaska pour un total de 350 kilomètres. Un an avant l’expédition, Guylaine Gros-Louis s’entraînait déjà dans l’espoir de se joindre au groupe. Elle a appris la bonne nouvelle en juillet et s’est munie d’un entraîneur privé pour travailler le haut de son corps : « C’est la fierté de faire ce périple-là, c’est un dépassement de soi. » « Si je peux être un exemple, une source de motivation pour d’autres personnes, pourquoi pas. » Derrière sa participation se cache une quête d’équilibre des quatre sphères : « il y a des sphères qui sont plus fragilisées, puis c’est d’aller travailler là-dessus. » Une marche symbolique a marqué le début de cette aventure de dix jours. Dr Vollant : « une 2e journée plus chargée avec une traversée de la rivière des Outaouais, appelée la kichi sibi et occupée par les communautés anishnabee depuis des millénaires. » Rencontrée au cimetière Beechwood à Ottawa, la sénatrice Michèle Audette a encouragé les participants : « Alors votre pagaie que vous faites à chaque, que vous faites à chaque jour. Vous le faites pour nos ancêtres, pour vos ancêtres. » Cinq kilomètres de marche séparaient le cimetière Beechwood du parlement d’Ottawa. Dr Vollant : « les choses ne changent pas rapidement, on le sait, mais un pas à la fois, on arrive à la fin » Maman de trois grands enfants, à 52 ans, Guylaine est considérée comme « une jeune aînée ». Selon le Dr Vollant, le lien sacré de la transmission entre les aînés et les jeunes a été rompu en raison des pensionnats : « Aujourd’hui, on doit le rétablir et en ayant des aînés dans notre expédition avec des jeunes, on rétablit cette lignée d’enseignement qui a été brisée. » Guylaine espère tisser des liens avec les plus jeunes et compte rester connectée à des êtres chers qui ne sont plus de ce monde : « les quatre plumes, évidemment, qui représentent les quatre sphères et les quatre anges gardiens qui me suivent à travers l’expédition, qui veillent sur moi. » Guylaine Gros-Louis « Je me sens fébrile. On prend la route de la navigation, on va se laisser porter par la mer. bien, la mer, le flot de l’eau. Et c’est magnifique. Je pense qu’il va y avoir un vent de légèreté dans tout ça. » Cette année marque le 325e anniversaire de la Grande Paix de Montréal. Ce qui rend cette traversée encore plus symbolique pour le Dr Vollant : « la rivière des Outaouais a servi de route pour les 42 peuples des Premières Nations se réunir et faire une grande paix pour que tous les gens, peu importe leur culture, leur langage, puissent avoir le droit de développer leur plein potentiel. Et je pense que c’était une des premières réconciliations. » Dans les jours qui ont suivi, dame Nature a été clémente, mais au jour 7, l’équipe a vécu un revirement : un des rabaskas a chaviré à cause du vent. Guylaine était dans celui-là et elle insiste pour dire que l’organisation a su gérer la situation avec efficacité et qu’elle s’est sentie en sécurité : « mais c’est ça, je n’étais vraiment pas inquiète. Puis moi, mon plan, quand j’étais dans l’eau, je me suis dit, je vais bouger, bouger, bouger mes jambes pour ne pas souffrir d’hypothermie. Mes doigts, je tenais le rabaska, puis mes doigts, j’allais faire… je faisais bouger mes doigts, mon corps. » La résilience du groupe a été testée : « puis de voir l’unicité de l’équipe, c’est comme une famille. C’est vraiment beau. C’est vraiment beau. Puis, c’est ça, on est tous là, l’un pour l’autre. » Guylaine a tout de même passé un coup de fil à sa mère, Louise Martel Gros-Louis, pour la rassurer : « elle a dit, “moi, je suis correct, mom, inquiète-toi pas”. J’étais contente. Je savais qu’elle était correcte. » Après discussion, tous ont choisi de poursuivre l’aventure. Au dernier jour, famille et amis les attendaient aux abords du canal de Lachine, dont une mère, fière de sa fille : « Sur toute la ligne. …dans sa vie de tous les jours. » Un sentiment partagé par Guylaine à son arrivée, en plus d’une bonne dose de fébrilité : « Je suis un peu sans mots, mais c’est merveilleux. C’est une expérience extraordinaire, transformatrice. » Continue Reading
350 km à pied et à pagaie : une expédition pour la réconciliation
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